Vendredi 26 juin 2026, Olivier Bahati Mastaki est élevé au rang de Docteur en Etudes du Développement après la soutenance de sa thèse intitulée : « Everyday recruitment and remuneration practices in the ministry of environment and sustainable development in Democratic Republic of the Congo ».
Chercheur au Centre de recherche en écologie et gestion des écosystèmes terrestres (CREGET) de l’Université Officielle de Bukavu (UOB), ses recherches ont été menées à l’Institute of Development Policy (IOB) de l’Université d’Anvers en Belgique, sous la supervision des Professeurs Tom de Herdt, Kristof Titeca et du Dr. Stylianos Moshonas, et intégralement financées par le Fonds Flamand pour la recherche scientifique (FWO).
Au-delà du cliché de la corruption : La « gouvernance réelle »
Alors que la RDC s’impose comme « Pays-Solutions » face au changement climatique, son Ministère de l’Environnement et développement durable (Medd) fonctionne quotidiennement sans allocations budgétaires régulières ni financements directs des bailleurs, révèle Dr. Olivier Bahati Mastaki. Qu’est ce qui expliquerait cette résilience et ce paradoxe ?
Loin d’y voir uniquement de la corruption, Dr Olivier Bahati décrypte la « gouvernance réelle » de ce secteur. Ancien fonctionnaire, il a mené une enquête qualitative rigoureuse, près de 100 entretiens et observations participantes entre 2021 et 2025 à Kinshasa et dans le Maï-Ndombe pour analyser le quotidien de l’administration.
Quatre conclusions majeures
L’étude révèle comment les agents s’adaptent pour recruter et se rémunérer. Elle montre que, faute de budget, les agents s’appuient sur le pluralisme normatif, notamment des logiques sociales, pour intégrer l’administration et chercher ensuite leur régularisation administrative formelle. Il démontre aussi que l’administration a improvisé des mécanismes budgétaires alternatifs basés sur les primes, s’écartant ainsi des prescriptions associées à l’agenda du New Public Management.
Pour compenser la baisse de valeur de ces primes liés à l’augmentation des effectifs, le Medd s’est progressivement tourné vers la mobilisation des recettes, notamment la taxe des crédits carbone forestiers pour accroître son enveloppe financière à travers des pratiques bureaucratiques.
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Enfin, sur les réformes administratives proposées par les bailleurs, la thèse souligne qu’elles ne sont pas rejetées en bloc par les fonctionnaires, mais elles sont plutôt adaptées, contournées et réinterprétées par les agents en fonction des réalités locales.
La mobilisation des normes pratiques comme clé de résilience
L’apport majeur de la thèse démontre que c’est la combinaison de règles officielles, de normes pratiques et de pratiques bureaucratiques (pluralisme normatif) qui maintient le ministère à flot, au-delà de la corruption.
Ce fonctionnement informel traverse tous les segments administratifs et redéfinit le pouvoir. L’auteur souligne aussi que l’arrivée des capitaux privés via le marché du carbone transforme profondément la gestion administrative quotidienne du secteur.
Un message aux décideurs
Le Dr. Olivier Bahati Mastaki invite les décideurs à chercher d’abord à comprendre le contexte administratif, c’est à dire la compréhension du fonctionnement quotidien et réel, avant la mise en œuvre des réformes calquées de l’extérieur. Il recommande de comprendre et de mobiliser stratégiquement ces différentes pratiques quotidiennes pour concevoir des politiques publiques plus réalistes et adaptées au contexte local.
Joël Mubake
