Dans le cœur vert de l’Afrique centrale, au sein de la réserve forestière de Yoko, en République Démocratique du Congo, une équipe de chercheurs conduite par le Professeur Ahanamungu Makelele Isaac, ont publié en janvier 2026, dans New Phytologist, une étude qui met en lumière un phénomène essentiel mais encore méconnu : les forêts secondaires sont de véritables alliées contre le changement climatique.
Ces forêts, qui se régénèrent après une coupe, un feu ou l’agriculture, couvrent aujourd’hui une part croissante du bassin du Congo. Mais comment stockent-elles le carbone au fil du temps ? Et jusqu’où peuvent-elles contribuer à freiner le réchauffement global ?
Suivre le carbone au fil de la régénération
Pour répondre à ces questions, les chercheurs ont comparé cinq stades de régénération forestière, des jeunes forêts secondaires aux forêts anciennes, grâce à une méthode dite « espace-pour-temps ».
Ils ont mesuré la productivité primaire nette, c’est-à-dire la quantité de carbone fixée par la végétation – ainsi que la manière dont ce carbone est réparti entre les tiges, les feuilles et la litière.
Des forêts jeunes très actives, mais instables
Les résultats montrent que, dans les premières années, les forêts jeunes sont dominées par des espèces à croissance rapide. Elles produisent beaucoup de biomasse, surtout dans les tiges, mais cette forte productivité est compensée par une mortalité élevée des arbres.
Ainsi, malgré une croissance rapide, le gain net de carbone reste modeste.
Une transition vers des forêts plus stables
Avec l’âge, la dynamique change :
- la densité d’arbres diminue ;
- les espèces deviennent plus conservatrices ;
- la production se déplace des tiges vers la canopée (feuilles, litière) ;
- les flux de carbone liés à la mortalité et au recrutement ralentissent.
Dans les forêts anciennes, le stock de carbone aérien atteint 171 à 238 Mg C par hectare, signe d’une récupération lente mais continue vers l’état mature.
Un levier naturel contre le changement climatique
L’étude démontre que les forêts secondaires du bassin du Congo peuvent jouer un rôle majeur dans la séquestration du carbone.
Cependant, les auteurs insistent : ces forêts ne remplacent pas les forêts anciennes, qui restent irremplaçables pour le stockage du carbone et la biodiversité.
Un message pour les décideurs
Protéger les forêts intactes, tout en accompagnant la régénération naturelle des forêts dégradées, apparaît comme une stratégie climatique essentielle pour l’Afrique centrale.
Quand une forêt repousse, ce n’est pas seulement la nature qui revient, c’est aussi l’espoir d’un climat plus stable.
Joël Mubake
